Un lapsus révélateur

21 novembre 2002

La réunion « Journaux Monstres » a commencé avec un lapsus, on le dit, révélateur.

La secrétaire (ou présidente du jour), l’a ouverte en parlant de ceux dont la vie, l’écriture avait été 'un échec'. Elle s’est vite corrigée, mais malgré tout, je suis restée avec l’impression qu’elle était convaincue, déposent à APA ceux qui ont échoué, par ailleurs.

C’est possible.

Ne pas pouvoir publier, momentanément ou définitivement, est-ce un 'échec'?

De tout de façon, publier ou non, ne devient, à mes yeux un échec que si publier à tout prix était l’aspiration d’une vie. Si le 'succès littéraire' serait ce qui était 'le plus important'. Et même cela est fort relatif. Un auteur best-seller d’aujourd’hui, ou celui recevant un prix littéraire, ou encensé par les critiques du jour, peut disparaître plus tard. Dans cinquante ans, personne ne s’en souviendra plus, quelquefois ni de lui ni de son œuvre.

Un auteur auto-publié ou dont l’œuvre n’a pas été appréciée pendant sa vie, peut être goûté, apprécié, aimé par la postérité. Si, ce qu’il a produit perce, reste vivant, devient actuel, ou le reste, puisque produit de plus profond du soi, ce qui est très ressemblant au long des générations.

Ma vie, mon 'ouvre' : succès ou échec ?

La vie de Van Gogh était un 'échec', même si ses œuvres sont devenus après sa mort un énorme succès. Mais, même là, je me trompe. Van Gogh a expérimenté, vécu, jouit de ce qu’il faisait. Non reconnu, il a dû vivre avec le plaisir de sa création néanmoins. Donc succès de plupart de ses jours. Plaisir de couleurs et peintures qu’il a mis dans ses œuvres (que j’ai vu à l’expo Van Gogh Gauguin à Amsterdam.)

Bon, sans se comparer à un 'monstre sacré'; et ma vie ?

Je considère ma vie un succès. À cause de mes enfants déjà : mon fils et ma fille. Mes cinq petits-enfants: une fillette et quatre garçons. Je n’ai pas besoin de la 'postérité', je vivrai à travers eux.

Je le considère aussi succès, puisque j’ai réussi à rebondir à chaque fois que la vie (sort, autres gens, circonstances, mes propres erreurs) m’ont mis à terre.

J’ai eu une vie riche, pleine de rebondissements. Je n’ai pas eu peur de la vie.

Ce n’est pas vrai.

J’ai osé, agi, malgré ma peur. Malgré mes craints. Je suis restée optimiste, malgré tout et tous. J’ai foncé souvent quand autour de moi on croyait 'impossible de réussir'.

J’ai fini mes études supérieures, malgré et contre tous les obstacles. J’ai eu ma fille les premiers mois après l’émigration et conservé mon fils avec détermination en conditions difficiles.

J’ai fait et refait plusieurs 'carrières'.

J’avais été pendant quelques années une bonne Chercheur en chimie macromoléculaire ; puis une excellent Chef de laboratoire d’analyses chimiques ; ensuite une assez bonne Chercheur en chimie biologique pour recevoir mon doctorat d’état ès sciences physiques à Paris.

Plus tard, je devins une Créateur d’entreprise et comme tel, j’ai participé dans la révolution Microinformatique et de l’Édition électronique de l’intérieur. Aussi Ecrivain en collaboration de deux fort bons livres dans le domaine Micro Informatique, dont le deuxième édité et réédité trois fois, avec le dernier de ses 10 000 exemplaires vendus par l’éditeur et des Articles mensuels, dans la revue micro informatique.

Plein de nouveaux produits introduits en France grâce à mon travail.

Le premier digitaliseur à partir de caméra vidéo en ordinateur, tablette graphique, tableur et un des premiers logiciels largement utilisés de mise en page, l’interface permettant l’introduction de sons et de musique dans l’ordinateur, etc.

Plus tard, mon travail d’aide aux 400 utilisateurs Macintosh, création des Formations fort appréciées.

J’ai donné courage à pas mal de gens.

Courage aussi à travers mes livres, et plus tard, mon travail volontaire dans le cadre de deux associations. Succès aussi, la vidéo, passé aux Canal 5, d’un échange de Savoir dans le cadre de réseaux, d’autant plus qu’à mon insistance, on a filmé - non pas moi donnant des conseils d’informatiques, banal- mais une petite fille de neuf ans m’aidant moi, à 61 ans, en français, et avec la correction de mes journaux d’enfance.

La plus importante sont mes enfants, me donnant déjà la satisfaction d’une vie bien remplie.
Ma vie sexuelle, affective et sentimentale n’a pas été vide non plus, malgré des périodes creuses et des énormes bas. Il y a eu aussi des fantastiques hauts.

Et je ne décourage pas sur l’écriture non plus et les futurs projets sur lesquels je travaille.

J’étais bonne enseignante et animateur, démarrant pas mal d’autres en Chimie, Informatique, Macintosh, Écriture et leur donnant courage à continuer d’eux-mêmes.

J’ai eu de formidables amies et j’étais bonne amie pour elles, j’ai eu des amitiés durables. Avec Alina, depuis nos 16 ans, nous avons presque 68 aujourd’hui. Avec Agi, à partir de ses 14 ans jusqu’à sa morte, il y a quelques années. Et Stéphanie, rencontré à Paris il y a combien? presque trente ans!

D’autres amitiés se sont effritées avec le temps, mais j’ai donné autant que j’ai pu. Aussi aux hommes dont j’ai partagé la vie. J’ai donné, aimé, apprécié tant que humainement possible. Au moins, je le ressens comme telle.

Non, malgré pleins d’échecs sur le chemin, ma vie, en ensemble, n’en est pas un.
Momentanément, je suis en train de remonter un creux, et si ma santé la permettra, je le réaliserai.

Dans cette maison, beaucoup plus modeste que celle de l’appartement de Butte Montmartre, un havre de paix, chaleur, souvenirs. Jardin avec fleurs et les oiseaux qui chantent, les voisins qui saluent me souriant.

Je me suis mise, trouvée une nouvelle passion: des photos. Ils m’aident à mieux regarder, mieux voir. Montrer, sans paroles. Ou avec peu de mots. J’ai de nouveau l’espoir que mon journal et mes écrits seront lus. Je sortirai de plus en plus, rencontrerai d’autres avec qui je partage les mêmes passions.

Plus c’est important, plus il faut de temps et des réécritures. Améliorer, les rendre plus claires et plus captivants. J’espère avoir encore le temps de les rendre ainsi. Pouvoir les partager. Discuter avec d’autres à travers mes écrits et photos. À cause d’eux, recevoir leurs confidences. Au moins, à quelques-uns, rendre un peu plus de courage en eux-mêmes et dans la vie, qu’ils ont eu auparavant.

Malgré le lapsus de la secrétaire, je déposerai mes journaux pour qu’on lise et pour les retours nécessaires. Déjà, merci, ce lapsus a inspiré ces derniers pages et un regain de passion de travailler sur mes écrits.
2008:
mes journaux n'ont pas été lu ni apprécié dans ce cadre, mais j'ai rencontré Michelle et Gelzy à travers cette conférence. Et aujourd'hui, nous allons tous participer ensemble à une fête, avec un programme d'une heure entier par Gelzy et Peire et l'orgue de barbarie, dans un resto pub près d'où j'avais habité jadis.

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